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L’iboga : entre fonds souverain et biopiraterie, une course contre la montre a commencé

Le 22 mai 2026, le Gabon a promulgué un décret classant l'iboga comme patrimoine stratégique national et créant un fonds souverain pour financer sa filière.

Dix jours plus tôt, l’ibogaïne figurait dans un décret signé par Donald Trump comme traitement « prometteur » contre le stress post-traumatique. Considéré jusque-là comme un simple fournisseur de la plante sacrée, le Gabon a peu de temps pour s’imposer comme un acteur de cette matière brute qui est en train de devenir un enjeu pharmaceutique mondial.

Essais cliniques contre les addictions aux opioïdes, à la cocaïne ou à l’alcool, en une décennie, les marchés occidentaux de l’ibogaïne ont enregistré une hausse de prix d’environ 800 %. Pendant ce temps, la matière première, dont la quasi-totalité des brevets liés aux dérivés de l’ibogaïne est détenue hors d’Afrique, quitte le Gabon avec une très faible valeur ajoutée souvent illégalement pour être raffinée, brevetée et commercialisée à l’étranger.

Ce qui ne profite pas au Gabon, même si l’État encadre strictement les exportations, qui restent encore marginales. De l’autre côté du globe, la concurrence s’intensifie avec des industriels qui produisent désormais l’ibogaïne de façon synthétique à partir du Voacanga africana, cultivé au Mexique ou au Ghana, réduisant l’avantage comparatif gabonais.

Le décret de mai 2026 : une architecture sans montant

Le décret n°0239/PR du 22 mai 2026 soumet désormais toute activité liée à l’iboga à une autorisation préalable du ministère de la Culture, après avis d’une commission interministérielle. Le même document entend créer un Fonds souverain de l’Iboga, dont le montant initial n’est pas connu et alimenté progressivement par les redevances et licences d’exploitation, peut-on lire. Le financement de la recherche nationale et la structuration d’une filière économique compétitive boucle cette architecture cohérente à la lecture.  

D’ici 2028, deux hypothèses semblent se dessiner pour cette matière première. La première hypothèse, est celle d’un Gabon qui constitue une filière nationale autour de l’iboga : recherche locale, transformation sur place, exportation de produits finis sous label gabonais, et s’impose comme interlocuteur incontournable dans les négociations internationales sur le partage des bénéfices. D’ailleurs, l’expérience du bois okoumé, longtemps exporté brut avant l’obligation de transformation locale en 2010, offre un modèle et des réflexions dans ce sens. Dans la seconde, les acteurs privés étrangers exerçant déjà dans la filière consolident leurs positions, préemptent les indications thérapeutiques les plus rentables, et le Gabon se retrouve dans la position du producteur de matière première qui regarde d’autres s’enrichir de son propre patrimoine, comme avec le pétrole depuis soixante ans. La fenêtre est ouverte. Elle se referme à chaque brevet déposé à l’étranger.

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