Le Gabon est recouvert à 88 % de son territoire par une vaste forêt tropicale. Il a émis 187 millions de crédits carbone et reçu 3 millions de dollars en contrepartie réelle. Derrière ce bilan, c’est toute une stratégie environnementale qui reste à construire pour être crédible.
Le Gabon est reconnu comme l’un des rares pays africains à afficher un bilan carbone positif, ses forêts absorbent plus de CO2 qu’elles n’en émettent. Cette réalité lui a valu d’être le premier pays africain à recevoir, en juin 2021, des paiements pour la protection forestière dans le cadre du programme REDD+. Mais pour l’ancien ministre Lee White « Le Gabon a tout fait bien. Il n’a jamais été payé. », a-t-il déclaré lors sommet Africa Forward de mai 2026 au Kenya.
En 2022, la Rainforest Foundation UK avait remis en cause la valeur réelle des 90 millions de crédits carbone commercialisés par Libreville, estimant qu’ils ne représentaient aucune réduction effective des émissions. Une controverse qui n’a jamais été pleinement tranchée. D’ailleurs, elle plane encore sur la stratégie carbone gabonaise et fragilise sa crédibilité sur les marchés internationaux.
Pour tenter de refonder cette stratégie, le partenariat forêt UE-Gabon signé en février 2026 permet de fixer une feuille de route avec objectifs concrets à 2030 : maintien d’un faible taux de déforestation, développement de l’écotourisme, monétisation des crédits carbone et de la biodiversité, plaçant ainsi la question environnementale au rang des enjeux stratégiques du partenariat bilatéral.
Mais le contexte international est lui-même en mutation. En Europe, le débat sur la valeur des crédits carbone internationaux reste ouvert. L’ancien ministre français Pannier-Runacher a reconnu leur intérêt, mais aucune décision contraignante n’a été prise. Si l’UE renonce à intégrer les crédits carbone africains dans ses mécanismes de compensation, le Gabon pourrait voir disparaître son principal marché potentiel.
D’ici fin 2027, deux issues sont plausibles. Dans la première, le partenariat UE-Gabon produit des mécanismes de financement concrets, la crédibilité méthodologique des crédits carbone gabonais est restaurée par un audit indépendant, et Libreville commence à recevoir des flux financiers significatifs pour sa forêt. Dans la seconde, les délais de négociation internationale s’éternisent, les controverses méthodologiques persistantes éloignent les investisseurs, et la forêt reste un actif diplomatique sans rendement économique. Le Gabon a les forêts. Il lui manque encore la stratégie de conversion de cet actif en revenus stables.
