Sans véritable cadre juridique depuis 1960, la mise en place de ce premier Code de la santé n’est pas une formalité. Il représente un socle juridique permettant de répondre à un vide normatif qui permettait toutes les interprétations, favorisait toutes les dérives ainsi que les dysfonctionnements accumulés. Ce nouveau Code organise tout le système : droits des patients, obligations des professionnels de santé, gouvernance hospitalière, encadrement du secteur pharmaceutique, architecture de la couverture maladie.
Adopté en 2026 après quatorze ans de préparation, le nouveau Code encadre les professions médicales, renforce l’accès universel aux soins et modernise la gouvernance sanitaire. Simultanément, la Haute autorité de la santé créée en janvier 2026 est censée être l’organe de régulation indépendant que le secteur n’avait jamais eu. Sur le papier, l’architecture réglementaire semble désormais en place.
Mais pour permettre l’application de ce Code de la santé, la 5e République doit s’appuyer sur des Institutions qui ont des moyens, des personnels et une indépendance effective. Dans le secteur santé, les grèves du début 2026 ont révélé que les agents de santé attendent toujours la régularisation de leurs situations administratives. La Caisse Nationale d’Assurance Maladies et de Garanties Sociales (CNAMGS) éprouve des difficultés à gérer sa chaîne de remboursement et des ruptures de médicaments sont souvent signalées par les assurés. Enfin, la commission tripartite chargée d’assainir les dossiers administratifs du personnel médical, lancée en mai 2026, est encore en phase de travaux. Ce nouveau Code de la santé quoique moderne fera face à une administration en état de sous-fonctionnement chronique et pourrait ne pas produire les effets escomptés.
D’ici deux ans, le Code de la santé de 2026 pourrait prendre l’un de deux visages. Soit il devient le cadre de référence d’une réforme sanitaire réelle, avec des décrets d’application publiés, des structures de gouvernance opérationnelles et des indicateurs de résultats publiés annuellement. Soit il rejoindra la longue liste des grandes réformes gabonaises annoncées en fanfare et inappliquées faute de volonté opérationnelle et de moyens. La différence entre ces deux trajectoires ne se jouera pas dans les textes. Elle se jouera dans les nominations à la tête de la Haute autorité de la santé, dans les budgets alloués aux structures sanitaires régionales, et dans la capacité du gouvernement à tenir ses engagements envers le personnel médical.
